Mercredi 10 octobre 2007
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Gilles Berhault, président de l’Association communication et information pour le développement durable et
organisateur du Forum économique international technologies de l’information et développement durable (TIC21), dont la prochaine édition aura
lieu les 30 et 31 octobre à Valenciennes, nous offre une tribune en forme de coup de gueule pour poser la question de la place des technologies de l’information dans le Grenelle de l’environnement qui s’annonce.
La contrainte environnementale est un
extraordinaire moteur de changement, une formidable occasion de changer d’époque. C’est un virage créatif à aborder, fondé sur la démocratie et la rencontre des cultures… Mais, le gouvernement et
l’administration qui gèrent la négociation du “Grenelle de l’environnement” restent trop centrés sur une vision
traditionnelle de l’écologie, comme le montrent les premiers groupes de travail lancés. Les acteurs de la modernité économique ont été totalement oubliés.
Où parle-t-on de la société de la connaissance ? Où en est la réflexion sur les nouveaux métiers ? Le modèle économique global est en train de changer. Les entreprises qui créent des emplois ne
s’appellent plus Ford ou Renault ; les créatifs culturels et économiques, de plus en plus nombreux dans la société, voient le monde différemment du modèle industriel du XXe siècle. Évidemment, il
est difficile de prévoir ce que sera l’avenir à court terme. D’ores et déjà on sait qu’une grande partie de l’activité est numérique, que des dizaines de millions d’avatars existent, que les
citoyens des pays développés utilisent plus l’internet que les journaux “papier”, que des milliers de personnes tirent leurs revenus principaux d’eBay… et que la nature est aussi une question
d’accès et d’accessibilité.
Il est inquiétant que le Grenelle de l’environnement ne se mette pas à l’écoute des personnes les plus inventives, ni les plus prospectives. Le monde évolue très vite. Prendre comme point de
départ le modèle économique actuel ne peut que renforcer les problèmes existants (transports polluants qui accélèrent les changements climatiques, consommation excessive des ressources,
appauvrissement des personnes en difficultés…).
Soyons optimistes, la contrainte environnementale et sociale va accélérer le passage à une économie de la connaissance, dématérialisée, plus culturelle, avec des richesses nombreuses et mieux
réparties. C’est une utopie ? Non juste un préalable positif, une base de travail plus constructive, que le discours dominant actuel : tout va mal, que peut-on sauver du modèle ancien ?
Si la démarche globale du Grenelle de l’environnement est passionnante à bien des égards, elle oublie complètement que nous vivons dans une société de l’information. Elle oublie aussi qu’on ne
peut débattre aujourd’hui sans utiliser, entre autres, l’internet. Évidemment, un “forum internet” grand public est prévu… pour débattre a posteriori des conclusions des experts ! Une méthode qui
donne bien peu de crédit à la créativité collective.
Ce qui est le plus intéressant dans ce Grenelle de l’environnement, ce ne sera pas les 20 propositions qui en sortiront, mais le fait de considérer que l’environnement est une question publique.
Évidemment, il y a encore confusion entre débat et collaboration. La terminologie même de “Grenelle” est mauvaise. Nos responsables politiques et associatifs ont décidément beaucoup de mal à
sortir de la logique de confrontation pour plonger dans celle de la co-production.
L’approche géographique aussi est archaïque. On se réunit d’abord à Paris, puis on va débattre de ce que l’on a déjà décidé en province - pardon, on doit dire en “régions” !
Cette démocratie représentative-là a-t-elle encore du sens ? Les responsables politiques, à l’heure du 2.0, vont-ils enfin changer de comportement ? Il est temps pour eux de comprendre qu’ils
doivent maintenant changer de métier, devenir plutôt des animateurs de réseaux et des administrateurs. Ils n’ont plus à avoir raison tout le temps pour tout le monde.
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