Mercredi 22 novembre 2006
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Un bilan de l’intercommunalité en 2005 : les critiques de la Cour des comptes
Dans son rapport public particulier consacré à «l’intercommunalité en France» (2005), la Cour des comptes dresse un bilan global assez critique de la relance de la coopération intercommunale opérée par la loi du 12 juillet 1999. Dans leur enquête, la Cour et les chambres régionales des comptes se sont demandé d’une part, si les objectifs nationaux, mais aussi locaux, des réformes législatives ont été ou vont être atteints, et d’autre part, quels effets concrets en termes de régularité, d’économie et d’efficacité les réformes ont pu avoir sur le plan territorial, dans la gestion des collectivités concernées et, au niveau national, en termes de coûts pour l’Etat.
«Deux constats principaux ressortent des analyses effectuées par les juridictions financières :
- la réforme de l’intercommunalité a connu un succès rapide dans un paysage de la coopération intercommunale qui reste cependant complexe ;
- la construction des intercommunalités rénovées par la loi de 1999 reste inachevée à bien des égards ;
mais il faut tempérer ces deux affirmations par deux remarques :
- l’extrême diversité du mouvement intercommunal en France permet de distinguer à côté de dérives voire d’échecs, des lieux de réussite ;
- les intercommunalités évoluent dans le temps à un rythme soutenu dans leur structure, leurs projets, leurs actions et le diagnostic doit prendre en compte ces évolutions».
Cet extrait de la conclusion générale du rapport résume bien l’analyse de la Cour des comptes :
«Faute d’avoir pu ou voulu mener à bien un mouvement de fusion des communes afin de constituer un premier niveau d’administration décentralisée de taille suffisante (à l’instar de nos voisins anglais ou allemands), l’Etat a favorisé, à partir de l’expérience des communautés urbaines, des districts et des syndicats d’agglomération nouvelle, la constitution de "communautés intégrées" pour gérer à un niveau plus adéquat le développement territorial principalement en zone urbaine.
La réforme de 1999 est un succès en ce qui concerne le nombre et la couverture du territoire par ces nouvelles catégories d’EPCI, sous réserve d’un certain retard en Ile-de-France, en voie aujourd’hui de rattrapage. Toutefois la situation actuelle n’est pas pleinement satisfaisante pour plusieurs raisons.
Le paysage intercommunal n’a pas été simplifié : enchevêtrement de syndicats de tous types, maintenus voire nouvellement créés et existence d’un trop grand nombre de petites communautés de communes à fiscalité additionnelle en zone rurale, n’ayant pas suffisamment de moyens d’action ; développement d’une intercommunalité de troisième niveau avec les syndicats mixtes de planification territoriale, ce qui tendrait à montrer que l’échelle territoriale actuelle des communautés d’agglomération et des communautés de communes n’est pas toujours adéquate.
Pour une partie des nouveaux groupements à fiscalité propre, la logique de l’intégration n’a pas été conduite à son terme : compétences qui restent virtuelles, intérêt communautaire insuffisamment ou incomplètement défini, moyens partiellement transférés, mais aussi investissements encore limités au regard de ceux des communes auxquels ils devraient se substituer ou des moyens financiers dont ils disposent.
Dans une proportion non négligeable, les établissements publics de coopération intercommunale à taxe professionnelle unique demeurent des structures de redistribution de fonds aux communes (reversements de fiscalité trop élevés et/ou insuffisamment péréquateurs ; versement de fonds de concours aux communes, etc.). Ils se privent ainsi des moyens nécessaires à la mise en œuvre d’un projet de développement et d’aménagement.
L’impact de la réforme en termes de mutualisation des moyens, d’économies d’échelle ou de nouveaux services rendus n’apparaît pas de manière flagrante, même si l’on trouve des exemples en ce sens et s’il n’apparaît pas, pour l’instant, de dérive financière globale des ensembles consolidés.
Enfin, la réforme de 1999 a été coûteuse si l’on prend en compte, outre la dotation supplémentaire distribuée par l’Etat, la pression fiscale supplémentaire sur le contribuable, laquelle risque de s’accroître dans les années à venir si les communes regroupées continuent à fonctionner sans prendre suffisamment en compte la logique de mutualisation des objectifs et des moyens à l’échelle communautaire. Par ailleurs, même si, jusqu’à 2003, les EPCI présentent globalement une situation financière équilibrée, on ne saurait écarter un risque de dégradation financière à terme avec la montée en puissance des nouvelles communautés.
Les juridictions financières estiment que l’intercommunalité à fiscalité propre ne peut produire tous ses effets et être bénéfique aux populations que si elle atteint un niveau d’intégration suffisant pour mener à bien un projet cohérent de développement et d’aménagement territorial. La gestion locale ne sera gagnante en termes d’économie et d’efficacité que si les communautés ont réellement les moyens d’agir pour mettre en oeuvre les grands projets d’aménagement ou d’équipement et pour rationaliser les services à la population qui peuvent ou doivent l’être à un niveau supra-communal. Cela ne peut se réaliser que dans le cadre d’une stratégie financière et fiscale coordonnée entre communautés et communes.
Si ces conditions n’étaient pas réunies, on risquerait deux types de conséquences : une réforme inachevée qui aura cependant représenté un coût réel pour le contribuable et, surtout, un risque de dérive financière alimentée par des "doublons" et par des déséquilibres financiers s’installant faute d’une stratégie financière adéquate. La Cour ne propose cependant pas de nouvelle grande réforme législative alors même que la loi du 13 août 2004 et la loi de finances pour 2005 ont déjà apporté un certain nombre d’améliorations mais elle recommande des actions volontaristes et convergentes de l’Etat et des élus locaux».
http://www.ladocumentationfrancaise.fr/dossiers/intercommunalite/bilan-intercommunalite-2005.shtml